Je reprends aujourd'hui le thème du crowdlending, que j'ai développé il y a un peu plus d'un an sur ce blog. Pour rappel, le principe est simple : permettre le prêt d'argent entre particuliers et sans intermédiation bancaire. Zopa et Prosper sont actuellement les leaders sur leurs marchés (UK et USA) mais la législation en France ne permet pas encore le développement de cette activité.
Pourtant Prêt d'union est une société francaise qui vient de démarrer un service similaire à première vue, et avec un agrément bancaire. Regardons de plus près en quoi cela consiste.
Tout d'abord, à la différence de Zopa et Prosper, le site ne permet pas à l'investisseur de choisir l'emprunteur (Prosper) ou le profil de risque de l'emprunteur (Zopa) mais offre uniquement la possibilité d'investissir dans 3 placements obligataires à taux prédéfinis (5% sur 3 ans, 5,7% sur 4 ans et 6,5% sur 5 ans). L'approche est donc différente mais Prêt d'union permet effectivement de faire "circuler" les fonds entre prêteurs et emprunteurs en évitant la case "banque" et donc en proposant des taux plus interessants pour toutes les parties.
En soi, le business model de Prêt d'union diffère peu de celui d'une banque ayant pignon sur rue, et leur agrément les qualifie effectivement d' "établissements de crédits". C'est d'ailleurs pour cette raison que la société est fortement capitalisée (levée de fonds de 4,8 millions d'euros auprès de Crédit Mutuel Arkéa et Kima Ventures, le fonds de Xavier Niel). Le coté "entre particuliers" est apporté par la plate forme du site qui permet aux investisseurs de supporter et voter pour des projets d'emprunts anonymes. Il s'agit là de l'unique lien entre les emprunteurs et les prêteurs. La décision finale de prêter reste cependant celle de Prêt d'union.
Le positionnement est volontairement agressif vis à vis des banques classiques et l'accent est mis sur la transparence et l'absence d'activités d'investissements permettant un usage exclusif du capital au prêt aux particuliers. Tout ceci est cohérent et Prêt d'union a certainement réussi une très belle adaptation du crowdlending en France tout en respectant le cadre légal.
Quel dommage cependant de voir sur leur blog que le dernier article dévie sur des thèmes populaires anti-finance (rémunération des banquiers) afin d'appuyer leur positionnement. N'oublions pas que le président est lui même ancien banquier structureur de produits dérivés et que la société reste un établissement de crédit...